Comment intégrer un nouveau technicien au laboratoire de microbiologie

Intégration d’un nouveau Microbiologiste : Comment optimiser la formation et l’habilitation

Quand un nouveau microbiologiste rejoint votre équipe, avant qu’il ne puisse pleinement contribuer aux analyses du laboratoire, deux étapes cruciales s’imposent :

  • sa formation aux méthodes spécifiques du laboratoire.
  • son habilitation.

Mais concrètement, comment se passe l’habilitation des technicien.ne.s dans le labo ?

L’habilitation, bien plus qu’une simple formalité, est une démarche essentielle. Dans un contexte où recruter et surtout fidéliser des technicien.ne.s relève du défi, cette étape de formation et d’habilitation, coûteuse en temps et en ressources, n’est pas à prendre à la légère.

Pour éclairer ce sujet, nous avons échangé avec Catherine Pelletier, Manager Expertise et Innovation chez Mérieux Nutriscience, afin de mieux saisir comment les laboratoires peuvent s’adapter à ces enjeux.

“La qualification et le maintien des compétences du personnel technique est un point majeur, si ce n’est le plus important du fonctionnement d’un laboratoire de microbiologie. Il s’agit indéniablement d’un véritable enjeu du moment”

Catherine Pelletier

La qualification du personnel, que dit la norme ?

La qualification du personnel est une exigence de la norme NF ISO 17025 : 2017 – Chapitre 6.2 : Personnel

ISO17025, texte concernant la gestion et la formation du personnel dans les laboratoires de microbiologie

Cette norme est d’application obligatoire pour les laboratoires accrédités (ex : COFRAC). Pour les autres laboratoires, elle doit être considérée comme un véritable garde-fou, permettant d’assurer un niveau de compétence effectif et homogène du personnel du laboratoire microbiologie.

Cette norme insiste sur la vérification des compétences de chaque membre de l’équipe, à travers la formation, l’évaluation de la compétence et la formation continue.

Comment se déroule l’habilitation des techniciens de laboratoire en microbiologie ?

Il faut savoir que la norme fixe une obligation de résultat (assurer un niveau de compétence effectif et homogène du personnel). Le laboratoire a donc le choix des moyens pour y parvenir.

Le processus que nous allons décrire est “classique” dans la majorité des labos, mais des variantes peuvent parfois être rencontrées.

La formation débute toujours par une phase d’observation, sous la houlette d’un tuteur, pour s’immerger dans le poste. La qualité de cette étape est clé et permettra de nouer des liens, relations professionnelles de confiance au sein de l’équipe.

Le choix du tuteur est primordial. Au-delà des compétences techniques, les qualités relationnelles, le leadership du tuteur sont des points à considérer dans le choix.

A l’issue de la période de formation, pendant laquelle le stagiaire va prendre connaissance des dispositions et de l’environnement de travail, une étape d’habilitation est nécessaire afin qu’il puisse travailler en autonomie sur un poste.

L’habilitation est comme un examen de passage, elle se fait en 2 parties : 

  • La partie théorique : Elle se fait sur des éléments clés du processus, des méthodes, des cas pratiques plus ou moins complexes rencontrés au laboratoire et qu’il aura vu pendant sa formation. 
  • La partie pratique : avec une description précise du panel d’échantillons, représentatif des analyses menées au laboratoire : nombre et typologie d’échantillons (nombre de positifs, nombre de négatifs, concentration en microorganismes, …) et des critères de décision entre la valeur de référence et celle du stagiaire (ex < 0.1 log ou 0.3 log en fonction des cas).

« Les dispositions en matière de qualité process et celles relatives à l’habilitation et au maintien de compétences du personnel sont harmonisées sur l’ensemble de nos laboratoires pour garantir un niveau de prestation et de qualification parfaitement homogène du personnel. C’est aussi un moyen de favoriser la mobilité d’un technicien qui souhaiterait travailler sur un autre site.« 

Catherine Pelletier – Mérieux Nutriscience

Habilitation, par où commencer ?

Le processus de formation et d’habilitation n’est pas forcément lié au flux des échantillons dans le labo. 

On ne qualifie pas un.e technicien.ne sur toutes les étapes, on y va par phases.

Bien entendu avant de commencer sa qualification, le.la technicien.ne aura besoin d’avoir une vue d’ensemble du flux, pour bien comprendre les enjeux.

Certains postes de travail sont plus accessibles que d’autres. Avec l’aide de Catherine Pelletier, nous les avons classés par ordre d’accessibilité :

  • Préparation des suspensions mères
  • Repiquage
  • Dilution ensemencement.
  • Répartition milieux
  • Réception des échantillons
  • Lecture
  • Confirmation
  • Signature / validation des résultats

Les nouveaux enjeux pour l’habilitation des microbiologistes

Comme nous venons de le voir, l’habilitation des microbiologistes peut être longue et laborieuse, pour le.la technicien.ne, mais aussi pour le laboratoire !

Dans le contexte de forte tension sur le secteur de l’emploi, les labos sont forcés de s’adapter et d’innover dans leur approche de l’habilitation.

Mais comment ?

Voici quelques pistes évoquées par Catherine Pelletier : 

« Le labo doit s’adapter au profil des jeunes générations de technicien.ne.s qui ont moins la culture de l’écrit. Il y a un enjeu à trouver des alternatives aux très (trop ?) longues procédures (plusieurs dizaines de pages… parfois).« 

Catherine Pelletier

Utilisation d’outils numériques

L’utilisation d’outils digitaux peut, par exemple, rendre les procédures plus visuelles et interactives. L’adoption de ces outils correspond davantage aux attentes des nouvelles générations.

La gamification

La “gamification” peut être utilisée pour faciliter les mises en situation.

Sous la forme de petits jeux (digitaux ou non), on peut confronter le.la technicien.ne à plusieurs mises en situation différentes. Les possibilités sont presque infinies.

Cela vous parait “ridicule” ?

Pourtant c’est ce que font les pilotes d’avions très régulièrement en montant dans des simulateurs de vols !

Le coaching

Il est également important de mettre en place un suivi quotidien, pour prévenir des dérives (les règles écrites n’ont plus forcément la même portée qu’avant).

Implémenter un programme de mentorat, tant lors de la formation initiale et de l’habilitation que dans le quotidien du laboratoire, peut être bénéfique à la fois pour le mentor et le « mentoré ».

Conclusion

Intégrer, former et habiliter un.e technicien.ne de microbiologie représentent des étapes complexes mais essentielles.

Bien que des astuces existent pour rendre le processus plus interactif et pertinent, la question de la fidélisation des technicien.ne.s reste primordiale.

Nous avons rencontré plusieurs laboratoires qui ont mis en œuvre des initiatives fructueuses pour réduire le turnover, prouvant par là même que les démissions ne sont pas une fatalité… Voici d’ailleurs un article dans lequel nous partageons ces initiatives.

Dites-nous en commentaire comment se passe la formation et l’habilitation des technicien.ne.s dans votre labo.

Un grand merci à Catherine pour sa participation à l’écriture de cet article.

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